L’espoir qui s’échappe d’un livre

Écrit par : Mélodie Charest

19 décembre 2021

Contrairement à Cendrillon, l’héroïne de La fumée qui s’échappe du feu des marmites ne tombe pas amoureuse d’un prince, mais d’une perspective : devenir journaliste. Cependant, la présence de la méchante belle-mère n’est pas loin… Muriel Mben, auteure de cette œuvre littéraire, offre une réflexion sur la condition féminine subsaharienne.

Le titre du roman fait référence à cet avenir qui peut s’échapper des mains de la personne qui l’envisage. C’est loin d’être le cas de Muriel Mben! L’histoire d’Ananga, une jeune femme destinée à la vie de ménagère malgré elle, a été inspirée d’un fait vécu. «J’ai été témoin de la maltraitance d’une jeune fille quand j’étais au Cameroun. Ça m’a marqué. J’ai poussé la réflexion pour essayer de comprendre», affirme celle qui écrit toujours en fonction de son vécu.

«Le patriarcat existe aussi bien ici qu’au Cameroun. C’est une réalité, mais les enjeux des femmes au Cameroun sont différents de ceux des femmes d’ici.» Crédit : Edouard Tamba (Unsplash)

Cette réflexion se matérialise cette année avec la publication de La fumée qui s’échappe du feu des marmites. En plus d’aborder la maltraitance, Muriel explore la scolarisation des femmes et les mariages précoces chez les jeunes filles dans son Cameroun natal. 

Des thématiques gravitant autour de l’émancipation qui habitent l’auteure depuis bien longtemps.

Une constellation de féminismes

Pour Muriel, il n’y a pas un type de féminisme, mais plusieurs. C’est sa réalité en tant que femme qui l’a amenée à se pencher sur les conditions de femmes. Cependant, ce sont ses nombreux déménagements qui lui permettent de faire l’expérience de la réalité plurielle du féminisme.

Face au féminisme des femmes blanches en Occident, Muriel nous partage le féminisme africain et le Black Feminism. Ces mouvements ont émergé de femmes issues des minorités, qui se sentaient mal représentées dans la lutte féministe menée par les femmes blanches.

Couverture de La fumée qui s’échappe du feu des marmites de Muriel Mben. Crédit : Kpoti Wilson

L’auteure ne désire pas hiérarchiser ces différents mouvements, au contraire. «Le patriarcat existe aussi bien ici, qu’au Cameroun. C’est une réalité, mais les enjeux des femmes au Cameroun sont différents de ceux des femmes d’ici.» L’auteure cite en exemple les soins de santé ou la possibilité de travailler.

Pour revenir à la maltraitance de cette jeune Camerounaise, ceci a profondément marqué Muriel. Depuis, elle garde les yeux ouverts, car elle sait que ce type de maltraitance existe également en Occident. Elle mentionne, sans hésitation, les articles de presse et les bulletins télévisés qui rapportent des féminicides au Canada ou bien la banalisation de la violence faite aux femmes dans les réseaux sociaux. «Le combat général est là, mais les thématiques sont différentes selon la géographie.» 

D’ailleurs, Chimamanda Ngozi Adichie, l’auteure de l’œuvre We Should Be All Feminist, est pour Muriel une grande source d’inspiration. Il semble que ce message d’ouverture et de dialogue que porte dans ce roman Chimamanda Ngozi Adichie est partagé par les deux femmes de lettres.

«La littérature permet de s’ouvrir au monde»

L’objectif premier de Muriel, avec cette troisième œuvre littéraire, était d’utiliser cette tribune pour «dénoncer» les conditions difficiles des femmes au Cameroun, mais également pour partager ses connaissances sur la littérature africaine. Muriel aime aussi divulguer les codes du postcolonialisme dans ses écrits.

À travers ses études en anthropologie et en littérature, Muriel a été frappée par la méconnaissance de ses pairs du monde littéraire africain. C’est lors d’un séjour en Allemagne, pour ses études universitaires, qu’elle a décidé de mettre au point des ateliers et des cours d’écriture pour faire découvrir les auteurs africains au plus grand nombre. 

Muriel Mben a publié sa troisième œuvre littéraire cette année. Crédit : Courtoisie

Cette ancienne Albertaine, aujourd’hui installée à Hawkesbury, en Ontario, a bien l’intention de continuer ce projet qui a une résonance particulière dans un pays comme le Canada. «La société canadienne s’illustre par sa diversité. Je pense qu’il est important de faire découvrir cette littérature. Ça permet de mieux connaître l’autre, découvrir ce qui se passe chez lui, sa manière de penser et son monde.» 

Des souvenirs à saveurs franco-albertaines

Avant de s’envoler pour l’Est ontarien, Muriel était responsable du répertoire ACCENT coordonné par l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). Celui-ci énumère les activités et ressources récréatives, culturelles et éducatives offertes en français aux communautés scolaires en Alberta.

En s’installant au Canada, l’auteure avait une vague idée de ce qu’était la francophonie canadienne et de ses difficultés en milieu minoritaire, «mais je n’en avais pas conscience jusqu’à mon arrivée à l’ACFA». 

En plus d’évoluer dans l’association provinciale, c’est la littérature qui lui a permis de prendre le pouls de sa communauté d’accueil. «En lisant les journaux, j’ai appris que c’était un combat vraiment important. En tant que femme noire, je sais qu’on doit se battre pour ses droits et je pense que c’est en travaillant à l’ACFA que j’ai réalisé l’importance de la lutte des francophones.»

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