le Samedi 13 juillet 2024
Rubrique historique
En collaboration avec la Société historique francophone de l’Alberta

Au fil des années, la scène du théâtre français a fait sa réputation en Europe. C’est en développant la colonie de la Nouvelle-France que la popularité de cet art a pu voyager de l’autre côté de l’océan.

Le théâtre s’est par la suite développé d’un bout à l’autre du Canada, dans les différentes provinces et régions où l’on s’exprimait en français.

Pour ce qui est de l’Alberta, le premier cercle théâtral aurait vu le jour en 1898, selon le journal francophone L’Ouest canadien. Sous la direction de Joseph Bilodeau, également directeur de la chorale de Saint-Joachim, ce cercle aurait donc développé l’art avant même que soit produit le premier spectacle de théâtre anglophone.

En effet, le Edmonton Amateur Operatic and Dramatic Society aurait monté pour la première fois un spectacle en 1904. Un second cercle dramatique francophone aurait aussi été créé avant les anglophones, en 1902. Sous la direction du Dr Arthur Giroux, l’association mettait en scène ses artistes à Saint-Albert.

Une des œuvres de plus grande envergure, présentée à Saint-Albert, fut la Représentation de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ impliquant pas moins de 140 acteurs!

L’engouement pour le théâtre fut tel que quelques jeunes d’Edmonton organisèrent leur propre groupe : le Cercle dramatique Jeanne-d’Arc. Ils ne tardèrent pas à laisser leur marque : quatre pièces en seulement une année, avec des représentations à chaque fois à Edmonton, Saint-Albert et Morinville.

Une dizaine d’années plus tard, le Cercle regroupa sans surprise toutes les activités françaises de la ville.

*Adaptation du contenu du livre D’année en année de France Levasseur-Ouimet (2003)

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Situé à quelques kilomètres d’Edmonton, le village était visible depuis la rive de Fort Edmonton qui n’existait pas encore à l’époque. Son nom vient de ses premiers habitants et créateurs, Joseph et François Lamoureux, deux frères venant de la région de Montréal.

Sa position aux abords de la rivière Saskatchewan Nord était due aux histoires entendues portant sur la vallée de la Saskatchewan, alors que les deux frères étaient à la recherche d’or en Colombie-Britannique. Sans plus attendre, ils se sont établis sur ces terres en 1872.

Leurs premières tâches furent de labourer et défricher l’endroit choisi. L’exploitation forestière et l’agriculture devinrent donc leurs principales sources de revenus. Ayant besoin de renfort et de compagnie, Joseph Lamoureux retourna à Montréal pour trouver une femme.

Il réussit aussi à convaincre plusieurs de leurs frères, dont Amable et Moïse, à les rejoindre dans cette belle aventure. Voyant l’attrait de leur coin de pays et une population grandissante désirant traverser la rivière, ils développèrent un système de transport fluvial à l’aide de leur mémorable ferry.

Une telle augmentation de la population à l’époque requiert éventuellement la présence d’une église. Dès 1875, les Oblats de Saint-Albert rendirent visite au village et logèrent chez Joseph Lamoureux lui-même.

Cette situation dura jusqu’en 1891 quand un prêtre québécois, l’abbé E. Dorais, vint s’établir à Lamoureux. Les frères cédèrent une partie de leurs terres aux Oblats de Marie Immaculée afin d’y construire une paroisse nommée Notre-Dame-de-Lourdes.

Survivant à la rougeole, la grêle et l’inondation, Lamoureux est toujours sur pied aujourd’hui pour fêter son 150e anniversaire. Bonnes célébrations!

Adaptation du contenu du livre Capsules d’histoire de l’Alberta de Guy Lacombe (1993).

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Comme bien des villes, Edmonton possédait le mot «fort» devant son nom.

 

La structure du dernier fort permanent aurait été exécutée en 1840 par John Rowand sous la bannière de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Le fort était composé de plusieurs structures bâties, dont la dernière aurait été démantelée en 1915. Une réplique a pourtant été recréée dans un parc, pour les amateurs de l’histoire vivante.

 

Se situant sur le bord de la rivière Saskatchewan, le dernier site du fort historique se trouve au sud de la Législature actuelle, après ses précédents emplacements près de Lamoureux et de Waskatenau. Sa position ultime était favorable, non seulement en tant que point de départ et d’arrivée des voyageurs, mais également comme principal centre du commerce de la fourrure dans la région.

 

Le français était la langue de commerce grâce à une présence importante de voyageurs, de marchands et d’hommes libres canadiens! C’est d’ailleurs ce système économique qui a mené vers une des premières voies de transport publiques construites entre Fort Edmonton et Athabasca Landing.

 

Pour ce qui est de la colonisation franco-catholique, les premiers missionnaires de passage dans la région ont été deux prêtres, François-Norbert Blanchet et Modeste Demers, qui ont béni une croix érigée sur les lieux de la Législature le 10 septembre 1838.

 

Le fort a connu son premier prêtre résident le 19 juillet 1842 : l’abbé Jean-Baptiste Thibault.

Ayant de l’énergie à revendre, il ne s’arrêta pas aux limites locales, mais se promena dans la région de Fort Edmonton afin d’officialiser les mariages et les naissances.

 

La première paroisse de Fort Edmonton, la mission Saint-Joachim, jusque-là occupée par des missionnaires du Lac Saint-Anne, a finalement été fondée lors de la messe de minuit dans le fort en 1856. La paroisse de Saint-Joachim opère encore aujourd’hui et l’église a été reconnue comme ressource historique par la ville d’Edmonton en 2018.

 

*Adaptation du contenu du livre Capsules d’histoire de l’Alberta de Guy Lacombe (1993)

 

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Bien qu’aujourd’hui Le Franco est votre référence en matière de nouvelles écrites, notre belle province a été dotée de plusieurs autres journaux francophones. Le premier journal de langue française à voir le jour en Alberta, dès 1898, s’intitulait L’Ouest Canadien.

À ce moment dans l’histoire, la colonisation et l’immigration vers l’Ouest canadien battaient leur plein. Ce journal a donc été le porte-parole d’expériences vécues dans les Prairies pour une société d’Edmonton pendant deux ans.

Par la suite, Le Courrier de l’Ouest a fait son entrée sur scène. Sa présence dans les chaumières a duré une dizaine d’années. D’autres publications ont aussi été publiées, mais, dû à leur affiliation politique et à leur trop grand nombre, elles ont dû fermer leurs portes en vitesse.

Cette sélection comprend : Le Progrès (Morinville 1909-1911), L’Avenir de l’Ouest (une année seulement), Le Progrès albertain (1912-1915), L’Étoile de Saint-Albert (1912-1914) ainsi que Le Canadien-Français publié par la Société Saint-Jean-Baptiste (1915-1918).

Ceux qui ont continué le travail du journal Le Courrier de l’Ouest sur une plus longue période ont écrit sous le nom de L’Union, qui a publié sa première version en novembre 1917. Tout comme son successeur, le journal a été publié pendant une douzaine d’années avant de mettre un terme à ses activités.

Cette fin abrupte est due à un conflit portant sur son contenu. Le propriétaire de L’Union, originaire de la Belgique, avait décidé d’arrêter de publier des articles de fond, qui était alors la plateforme principale de communication pour l’ACFA. Suite à une dispute de plus d’un an, un changement de directeur général et toujours aucune entente, l’Association a décidé de publier son propre journal.

C’est alors qu’en 1928, La Survivance, ancêtre du Franco, a pris sa place dans vos cœurs.

Plus récemment, un journal mensuel a été distribué chez les francophones du sud de l’Alberta à partir du 31 mars 1992 et pendant 20 ans sous la bannière Le Calgaréen puis Le Chinook. Depuis 2014, le nom de domaine et les archives du Chinook sont la propriété de l’ACFA régionale de Calgary.

Adapté du contenu du livre Capsules d’histoire de l’Alberta de Guy Lacombe (1993).

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Lorsque l’on pense aux sources thermales naturelles, les quelques images qui nous viennent à l’esprit sont des scènes européennes de centres de bien-être ou celles de singes népalais relaxant dans l’eau chaude. Pourtant, le Canada est doté, lui aussi, de quelques-unes de ces merveilles naturelles!

En Alberta, on peut en trouver, entre autres, dans la région de Banff. Les peuples autochtones ont été les premiers à se baigner dans ces eaux sacrées pour se guérir de maladies et pour maintenir leur santé. C’est entre 1883 et 1885 que ces sources thermales ont été identifiées par les ingénieurs et les ouvriers construisant la ligne de chemin de fer des montagnes Rocheuses.

Une simple colonne de vapeur leur indiquait l’endroit de provenance de cette chaleur terrestre. C’est de ce point de départ qu’un réseau complet a été découvert.

L’exploitation commerciale a été immédiate. En effet, dès 1886, un sanatorium a ouvert ses portes à Calgary; il était dirigé par le Dr Brett. Nous savons aujourd’hui que l’eau sulfurique a plusieurs bienfaits pour le derme, sans pouvoir servir de soin en tant que tel. Cependant, au 19e siècle, de telles connaissances n’étaient pas encore acquises par la médecine, ce qui explique probablement pourquoi des blessés et des malades étaient admis à ce sanatorium.

Le 3 août 1886, les pères Léon Doucet et Hippolyte Leduc ont été témoins d’un cas très spécial. Un homme de Medicine Hat a été admis sur les lieux dans l’espoir de le guérir d’une morsure de serpent à sonnette. Selon les dires du père Doucet, l’eau sulfurique a servi à le guérir. Vu les bienfaits de la source, les deux Oblats n’ont pas hésité à s’y baigner!

Le père Doucet décrit les installations avec détail et minutie. Les sources thermales de l’Alberta ont donc été testées et approuvées par des membres de l’Église catholique.

Adaptation du contenu du livre Capsules d’histoire de l’Alberta de Guy Lacombe (1993).

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À la suite de la victoire de l’Angleterre au 18
e siècle, le futur du Canada français restait incertain. Qu’arriverait-il des personnes déjà établies, des communautés construites, de la langue parlée en Nouvelle-France après sa conquête?

Pendant qu’une société majoritaire francophone évolue au sein du Québec, les francophones des Prairies gardent aussi leur majorité parmi les colons pendant un certain temps. Éventuellement, le gouvernement canadien se met à produire sa propre propagande.

Ce contenu invitant à venir défricher les terres de l’Ouest canadien se répand en partie grâce aux cartes du pays envoyées dans les bureaux de poste d’Angleterre et dans les salles de classe des écoles. Éventuellement, les Plaines sont devenues un bassin multiculturel, quoique principalement composé de blancs et de chrétiens.

Le travail de Clifford Sifton, ministre de l’Immigration dans le cabinet de Laurier, est l’une des pièces maitresses de cet engouement envers le Canada. De 1896 à 1905, une campagne agressive prend place pour intéresser de futurs habitants. À partir de ce moment-là, et jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, plus d’un million d’immigrants viennent s’installer sur nos terres.

Ces nouveaux arrivants venaient en grande partie de l’Angleterre, de l’Europe de l’Est et des États-Unis, mais ce sont les Écossais qui détiennent tout de même le titre de «meilleurs immigrants au monde» selon Sifton. Le ministre suivant, l’Edmontonien Frank Oliver, priorise, quant à lui, les résidents de l’Angleterre et des États-Unis, sous prétexte qu’ils parlent la langue et pratiquent la religion tous deux privilégiées.

À cette même période, le gouvernement du Canada offre un financement à l’Église catholique pour mousser ses efforts de recrutement francophone. Chaque diocèse a droit à un prêtre-colonisateur qui exerce le mandat de recruter des colons franco-catholiques avec le soutien et l’aide du leadeurship local des communautés francophones. Ces missions ont lieu au Québec, au nord-est des États-Unis et en Europe francophone.

Plusieurs décennies plus tard, les politiques et les priorités de la société et du gouvernement canadiens changent en faveur d’une immigration francophone plus mondiale. L’immigration francophone vers l’Alberta se diversifie avec l’arrivée de vagues d’immigrants et de réfugiés issues d’Asie, des Antilles et de l’Afrique, des années 1950 jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui, l’Alberta est peuplée d’immigrants venant d’un peu partout dans le monde. Célébrons avec fierté la richesse de notre tissu social.

Adaptation du contenu de Capsules d’histoire de l’Alberta de Guy Lacombe (1993)

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Le Campus Saint-Jean est devenu avec le temps un emblème qui symbolise en partie la réussite des Franco-Albertains. Fondé en 1908 par l’ordre des Oblats de Marie Immaculée à Pincher Creek, l’établissement d’enseignement a déménagé à Edmonton en 1911. Les Oblats voyaient en ce centre un lieu de découverte, de partage et d’apprentissage qui leur permettrait de promouvoir la langue française et d’inciter la population à entamer de plus longues études.

C’est en 1976 que la congrégation décide de vendre le Collège. Le 14 avril, un contrat de vente est signé entre l’Université de l’Alberta et les Oblats. Cette entente était avantageuse pour les deux parties, l’une obtenant un plus grand terrain et l’autre, la continuation de son projet éducatif.

De fait, en signant ce contrat, l’Université de l’Alberta faisait la promesse d’offrir des programmes permettant aux étudiants de poursuivre des études postsecondaires en français et de vivre ou d’étudier dans un environnement à prédominance française. Le gouvernement de l’Alberta a appuyé ce changement de propriétaire de telle façon qu’il a contribué financièrement – avec une subvention du gouvernement du Canada – à l’achat de l’édifice.

De leur côté, les Oblats ont créé un fonds d’action d’un million de dollars afin d’encourager la création de ces programmes en français ainsi que diverses initiatives pour servir la communauté franco-albertaine.

Les Oblats ont transféré le rôle de signataire de l’entente de 1976 à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). Cette dernière a jugé qu’un sous-financement opérationnel et structurel chronique perdure depuis des années et viole ainsi l’entente. En mai 2020, une campagne de mobilisation a été lancée pour motiver une solution politique, mais devant l’intransigeance et l’indifférence, un recours judiciaire a été déposé en août 2020.

Aujourd’hui, le Campus Saint-Jean comprend les bâtiments d’origine, ceux construits peu après la vente de l’établissement à la province et ceux construits lors d’un projet d’agrandissement en 1995.

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